Lutte contre les nuisances dues aux moustiques

Bref historique

La lutte contre les moustiques existe depuis des décennies en Alsace. Elle s’est intensifiée parallèlement à l’augmentation du niveau de vie et de la densité de population. Les méthodes utilisées ont varié et ont même fait usage de pétrole et de DDT. Depuis 1982, cette lutte est “ciblée” et plus respectueuse de l’environnement. On ne parle plus “d’éradication” mais “de limitation des nuisances” en dessous d’un seuil tolérable. Un produit d’origine biologique est utilisé : le Bti (Bacillus thuringiensis var. israelensis).

Le Conseil Général du Haut-Rhin a été maître d’œuvre de la démoustication jusqu’en 1998. Suite à l’arrêt de la lutte pendant un an, la pression des communes l’a amené à confier cette mission à la Brigade Verte en 1999, qui a créé un service dédié.

Cadre réglementaire

A l’heure actuelle, 10 communes du Haut-Rhin font appel à la Brigade Verte pour limiter les nuisances dues aux moustiques : Bartenheim, Bollwiller, Feldkirch, Pulversheim, Richwiller, Rosenau, Staffelfelden, Saint-Louis, Ungersheim et Wittelsheim.

Carte zone de lutte

L’Arrêté Préfectoral n°547 du 12 février 2002 (modifié par l’Arrêté Préfectoral n°103/2018/ARS/SE du 27 juillet 2018) cadre la lutte contre les nuisances dues aux moustiques dans le Haut-Rhin, définit la zone de lutte et habilite la Brigade Verte à la mener.

La Loi de finance de 1975, art. 65 définit les modalités de financement de cette lutte :

  • 50% minimum par le Conseil Départemental ;
  • Le reliquat à charge des communes concernées.

En outre, un arrêté spécifique autorise la Brigade Verte à intervenir dans le périmètre de la Réserve Naturelle Nationale de la Petite Camargue Alsacienne.

Déroulement d’une campagne

Si l’activité visible de la démoustication est saisonnière, n’en demeurent pas moins de nombreuses activités réparties tout au long de l’année pour mener à bien une lutte efficace et respectueuse.

Le débroussaillage

C’est généralement la première action d’une campagne de démoustication. Elle consiste à dégager les accès aux gîtes larvaires. La qualité du débroussaillage déterminera la rapidité et la qualité des prospections et des traitements à venir. Principalement effectué en hiver, le dégagement des accès se poursuit en été, au fur et à mesure de la pousse de la végétation.

La prospection

C’est une activité déterminante de la démoustication. Elle consiste à rechercher les larves de moustiques, à les prélever, à les identifier et à les cartographier. Le résultat est toujours très attendu car c’est à ce moment que la décision de traiter va se prendre. L’identification des espèces permet de savoir si elles sont susceptibles de poser des problèmes de nuisance (toutes les espèces ne piquent pas l’Homme, d’autres se déplacent peu). La cartographie permet d’organiser la phase de traitement.

La connaissance du terrain, de l’écologie et du cycle de vie des moustiques est incontournable pour une efficacité optimale.

La cartographie

C’est un outil indispensable de la démoustication à plusieurs égards :

  • la localisation des gîtes larvaires,
  • le calcul des surfaces à traiter,
  • le transfert des données au pilote d’hélicoptère pour le traitement aérien,
  • la conservation des données.
Démoustication : la cartographie

Le traitement

C’est l’action phare de la démoustication. La période de traitement s’étend de mars à octobre. La fréquence et l’importance des traitements dépendent essentiellement de la météorologie (précipitations, température). Cependant, il arrive dans certains cas, que ce soit l’action de l’homme qui impliquent un traitement (gestion de l’eau).

Le produit utilisé est le Bti ou Bacillus thuringiensis var. israelensis. Ce produit est d’une grande sélectivité : il ne touche pas la faune non ciblée et possède une faible rémanence : de 24 à 48h.

Le Bti agit sur les larves. La lutte anti-larvaire a été choisie dans le Haut-Rhin pour ses qualités de préservation de l’environnement et pour son efficacité. Les méthodes de lutte ciblant les moustiques adultes ou les œufs sont beaucoup plus aléatoires (il est en effet difficile de localiser les individus dans l’espace) et beaucoup moins respectueuses de la faune non-cible (insecticides à large spectre).

Selon le moyen d’épandage employé, le Bti est épandu sous forme de poudre, de granulés, de gel ou de glaçons.

Traitement pédestre : gîtes larvaires de surface petite à moyenne

Le plus couramment, les traitements s’effectuent à pied à l’aide d’un pulvérisateur à dos manuel. La portée du pulvérisateur est d’une dizaine de mètres. La capacité de 15 litres permet d’intervenir sur un demi à un hectare. Le produit est épandu sous forme liquide.

Occasionnellement pour les gîtes larvaires difficiles à pénétrer (ou impénétrables), un atomiseur est utilisé pour propulser le produit par dessus la végétation. Dans ce cas, la formulation employée est le granulé. Ce dernier “dégringole” à travers la végétation pour finalement atteindre l’eau dans laquelle se trouvent les larves de moustiques.

Lorsque les gîtes à traités sont extrêmement petits et pour des traitements ponctuels, les granulés peuvent être épandus à la main.

Traitement en marécage

Traitement aérien – gîtes larvaires de grande surface

Lorsque cela s’avère nécessaire, de manière occasionnelle, le produit est épandu par voie aérienne en hélicoptère. C’est incontestablement la méthode qui permet de traiter un maximum de surface en un minimum de temps. Il est possible de traiter une vingtaine de hectares de gîtes larvaires en une heure.

C’est l’ultime solution lorsqu’une inondation concerne d’importantes surfaces et que le temps pour intervenir est court (en période estivale, lorsque le cycle de développement du moustique est très rapide).

L’hélicoptère intervient habituellement au printemps, à la sortie de la saison la plus pluvieuse de l’année. C’est à ce moment que les gîtes larvaires sont remplis. Les surfaces à traiter sont alors importantes et la profondeur des gîtes empêche parfois d’y pénétrer à pied. Lors d’inondations exceptionnelles en été, l’hélicoptère peut s’avérer être un précieux secours.

Par voie aérienne, le produit (Bti) est épandu sous forme de glaçons (Bti Ice Pearls). Cette forme solide permet au produit de tomber jusqu’à l’eau dans laquelle se développent les larves de moustiques.

Traitement hélico

Contrôles de traitement et de nuisance

De manière à évaluer la nuisance liée aux piqûres des moustiques, un test appelé “test du mollet” peut être employé. Il consiste à exposer son mollet à l’air libre durant 15 minutes et à capturer l’ensemble des moustiques qui le piquent. Il est habituellement pratiqué au crépuscule. Ce test permet d’estimer le “degré” de nuisance d’un lieu. Il permet aussi de contrôler la nuisance résiduelle après traitement.

Pour capturer un maximum de moustiques sur une durée plus ou moins longue, des pièges à Co2 peuvent également être utilisés.

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Moustiques des champs/moustiques des villes

La nuisance est historiquement issue des zones naturelles humides, prés et forêts inondables, fossés de drainage, mares temporaires etc. Mais depuis quelques années, notamment avec l’arrivée du moustique « tigre » Aedes albopictus, la nuisance peut également venir du milieu urbain : récipients, récupérateurs d’eau, sceaux, arrosoirs, etc.

Chacun peut lutter à son niveau pour éviter d’élever des moustiques dans son jardin. Une brochure d’information est disponible via ce lien et un document plus détaillé sur les bons gestes à adopter est téléchargeable ici.

Il peut également être opportun de mettre en œuvre des traitements anti-larvaires réguliers dans les avaloirs d’eau pluviales car les moustiques communs (Culex pipiens) et les moustiques invasifs (Aedes japonicus et Aedes albopictus) y prolifèrent allégrement. La commune à la possibilité de mener ces traitements en régie ou de faire appel au Service de démoustication pour une prestation ou en intégrant le dispositif de lutte contre les nuisances (voir ci-dessous).

Actuellement, une lutte urbaine est menée à Saint-Louis, commune colonisée par Aedes albopictus et intégrée à la zone de lutte. Cette lutte consiste à :

  • Mener une campagne de communication au sens large (articles dans le bulletin municipal, le site internet, les panneaux d’affichage, les réseaux sociaux)
  • Distribuer des brochures d’information
  • Mener une sensibilisation active des habitants en porte à porte
  • Mettre en œuvre des traitements anti-larvaires si nécessaire
  • Former des agents communaux, des relais locaux
  • Participer à des réunions ou évènements publics

Dans les autres communes

L’Arrêté Préfectoral n°547 du 12 février 2002 indique que la Brigade Verte peut intervenir en-dehors de la zone de lutte, à la demande du Maire, pour des proliférations ponctuelles de moustiques.

Dans le cas où une nuisance avérée et récurrente devait apparaître, le Maire a la possibilité de saisir le Préfet et le président du Conseil d’Alsace afin de demander l’intégration de la commune à la zone de lutte et de bénéficier d’un financement partagé avec la Collectivité européenne d’Alsace. La réponse de ces instances s’appuie sur une étude d’opportunité et de faisabilité réalisée par la Brigade Verte et financée par la commune à l’origine de la demande.